Ce message part d’une discussion dans le cadre familial.
D’où je parle
Depuis quelque temps, je lis et j’entends revenir la même phrase : « on nous a imposé le drapeau de l’UPLG ». C’est cette phrase qui m’a donné envie d’écrire.
Je n’écris pas en sachant. J’écris en personne qui s’intéresse à son histoire, qui a étudié les mouvements indépendantistes, qui est allé questionner les Patriotes guadeloupéens, les anciens du GONG, de l’UPLG, du PCG, du MPGI, de l’ARC. J’ai questionné, je questionne encore et je continuerai.
Ce que je pose ici, c’est ma lumière, pas la vérité.
J’écris aussi en citoyen actif, engagé pour une Guadeloupe plus belle, aux côtés de ceux qui ont choisi de l’élever. Alors je vais simplement essayer de remettre quelques faits dans l’ordre, parce que j’ai l’impression que nous mélangeons aujourd’hui plusieurs histoires qui ne sont pas les mêmes.
Les faits d’abord
Le bleu-blanc-rouge est le drapeau officiel de la République française. La Guadeloupe ne dispose pas aujourd’hui d’un drapeau propre officiellement adopté. Le drapeau de l’UPLG n’est pas le drapeau officiel de la Guadeloupe.
Ça, ce sont les faits.
Mais il faut aussi regarder ce qui s’est passé entre les deux. Historiquement, l’UPLG a fait son drapeau pour son parti, avec un concept, une écriture graphique et une intention politique. Ce drapeau s’inscrit dans une histoire militante plus ancienne, notamment celle du GONG et de Sonny Rupaire, mais l’UPLG en a fait son propre emblème politique. Il n’a pas été adopté par une institution comme drapeau officiel de la Guadeloupe.
Le drapeau est resté là. Et il a fait sa vie.
C’est cette vie-là qui m’intéresse. Parce que lorsque l’on dit aujourd’hui « c’est le drapeau de l’UPLG », on raconte une partie de son histoire. Mais lorsque l’on dit « on nous a imposé le drapeau de l’UPLG », on raconte autre chose. Et cette deuxième affirmation mérite d’être regardée de près.
Avant l’UPLG, il y a déjà une histoire
Le rouge, le vert et le jaune ne sortent pas de nulle part avec l’UPLG.
En 1977, Sonny Rupaire propose un drapeau guadeloupéen qui reprend notamment des références du drapeau du GONG, dans une histoire qui s’inscrit elle-même dans une culture politique caribéenne, avec une configuration qui rappelle notamment Cuba et Porto Rico. L’UPLG, elle, est fondée en 1978.
Le drapeau est donc antérieur au parti.
Puis l’UPLG arrive dans cette histoire, reprend ces références, construit son propre emblème et lui donne une place dans son combat politique. Je trouve important de le rappeler parce que cela permet d’éviter deux erreurs symétriques. La première serait de dire que ce drapeau est simplement celui de l’UPLG et que toute son histoire commence avec elle. La seconde serait de faire comme s’il n’avait jamais été un symbole politique et militant.
Les deux seraient faux.
Le drapeau a une histoire politique. Mais un symbole qui naît dans un mouvement politique ne reste pas nécessairement enfermé dans ce mouvement.
Années 90 : la musique ouvre la brèche
Avant les drapeaux, il y a eu le son.
Dans les années 1990, le rap et le dancehall prennent une place importante dans la jeunesse guadeloupéenne. Les musiques et les cultures venues d’ailleurs, par les films, la télévision, les disques et les échanges, ont progressivement pris une place importante dans l’imaginaire des jeunes.
Mais quelque chose se passe ensuite. Ces jeunes artistes guadeloupéens s’approprient les codes, les envies de rébellion, les façons de parler, les façons de raconter la rue, et les transposent à leur propre réalité. Ils mélangent ces influences avec ce qui existe déjà ici, avec le zouk, le gwoka, nos rythmes, notre créole, nos histoires.
Elles deviennent nôtres.
Le hip-hop naît d’ailleurs à New York au croisement de plusieurs cultures afro-américaines, caribéennes et latino-américaines. La Caraïbe n’est donc pas extérieure à son histoire : elle en est une des matrices. Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est ce que la jeunesse guadeloupéenne en fait. Le rap devient créole. Le dancehall devient créole. Et ce sont des musiques de revendication.
La jeunesse est aussi le moment de la revendication. On confronte les idées, on interroge les oppositions, on nomme les non-sens. Je me souviens d’une chanson qui disait « nos ancêtres les Gaulois ».
Et regardez les noms. Notre groupe de rap s’appelle Karukera Crew, ou KC, dès 1991, et pas Guadeloupe Crew. Un sound system qui fera parler de lui et qui fera émerger un artiste majeur de notre culture est le KSS, acronyme de Karukera Sound System, fondé en 1994. Les jeunes qui font du roller au pied de la tour Secid utilisent eux aussi le nom RSK, Roller Skate Karukera.
Ces jeunes, nés pour beaucoup dans les années 1970, réactivent ainsi le nom historique de Karukera dans une multitude d’espaces de la culture émergente de cette époque.
Karukera partout.
Ce n’est peut-être pas une revendication politique consciente chez chacun. Mais cela dit quelque chose. Le nom même de Guadeloupe, inscrit dans une histoire coloniale, commence à être concurrencé dans les usages culturels par une autre manière de nommer le pays. Et cette évolution est importante parce qu’elle commence avant que la question du drapeau ne devienne ce qu’elle est aujourd’hui.
Fin des années 90, début des années 2000 : le malaise
À la fin des années 90, quelque chose a changé. Le mouvement indépendantiste organisé est profondément affaibli. Pour comprendre cet affaiblissement, il faut faire un petit détour par 1989.
Parenthèse historique : Hugo
Le cyclone Hugo ravage la Guadeloupe en septembre 1989. Le territoire est en grande partie dévasté. Dans les semaines et les mois qui suivent, la reconstruction mobilise des moyens considérables que seul l’État français est alors réellement en mesure de déployer à cette échelle.
Pour certains observateurs, la reconstruction qui a suivi Hugo a contribué à fragiliser davantage un mouvement indépendantiste déjà affaibli. Au moment où la population doit reconstruire ses maisons, ses routes, ses infrastructures et son économie, la puissance capable d’intervenir concrètement reste l’État français. Cette situation a pu contribuer à faire perdre au mouvement une partie de sa crédibilité structurelle.
Fin de la parenthèse.
C’est dans ce contexte qu’une autre forme de malaise va apparaître, particulièrement visible dans le sport.
Un grand nombre de personnes reste estomaqué par certains comportements français.
Parenthèse : quand la réussite devient française
La célébration des sportifs antillais sous le seul prisme de la réussite « française » a souvent créé un malaise durable en Guadeloupe et dans les autres territoires ultramarins. Quand ils gagnent, ces athlètes deviennent les visages de la nation. Mais leur origine, leur histoire, leur culture et les réalités sociales de leurs territoires sont parfois reléguées au second plan.
Les histoires autour de Marie-José Pérec en sont un exemple particulièrement marquant pour une génération. La championne guadeloupéenne est célébrée comme une grande athlète française, ce qu’elle est aussi. Mais derrière cette représentation nationale, il y a une Guadeloupéenne, une histoire familiale, une culture, un territoire et une relation particulière à la France. Les tensions qui apparaissent autour d’elle, puis plus largement la manière dont certains sportifs ultramarins sont racontés par une partie de la presse nationale, ont pu nourrir chez certains le sentiment que l’Outre-mer est valorisé pour ses performances, mais insuffisamment reconnu pour ce qu’il est.
La Coupe du monde de 1998 constitue un autre moment important. Une équipe française devient championne du monde et incarne une France plurielle, mais le récit national qui accompagne cette victoire reste largement construit depuis l’Hexagone. Pour une partie de la jeunesse ultramarine, cette manière de raconter la réussite de ceux qui viennent de ses territoires a pu produire une question simple : quand nous gagnons, sommes-nous français ; quand il s’agit de raconter qui nous sommes, sommes-nous encore visibles ?
Les répercussions dépassent alors largement le sport. Elles ont pu renforcer, chez certains, une distance symbolique avec le récit national « franco-français » et alimenter le besoin d’affirmer une identité locale, caribéenne et créole.
Cette affirmation n’est pas nécessairement un rejet de la France. Elle peut être une demande de reconnaissance pleine, d’égalité concrète et du droit de raconter soi-même son histoire.
Lorsque cette reconnaissance manque, la distance avec le récit national peut devenir plus importante. Les références locales, la langue créole, la mémoire, la culture, les artistes, les sportifs et les symboles prennent alors une force nouvelle.
Fin de la parenthèse.
Je ne dis pas que tous ces jeunes deviennent indépendantistes. Ce serait faux. Je dis que certains jeunes ont pu ressentir un décalage entre leur identité guadeloupéenne et la représentation exclusivement française dans les compétitions régionales.
Et lorsqu’ils participent à des événements sportifs dans la Caraïbe, ils se retrouvent face à une situation assez particulière. Leurs homologues caribéens ont des drapeaux : certains sont indépendants, d’autres sont des territoires autonomes du Commonwealth. Eux montent sur la plus haute marche du podium en étant appelés « France », avec un drapeau qui n’est pas nécessairement celui auquel ils s’identifient et un hymne qui est la Marseillaise.
Alors une question apparaît.
Nous sommes quoi, nous ?
Ce n’est pas nécessairement une question d’indépendance. C’est une question de représentation. Et cette question arrive au même moment où la culture populaire est déjà en train de fabriquer un autre vocabulaire.
Mais il y a autre chose. Les jeunes de cette génération n’ont plus peur de parler ouvertement le créole. Ils le parlent entre eux, dans la rue, dans la musique, dans les rassemblements, sans avoir le même rapport de honte ou de retenue que les générations précédentes à qui l’on avait imposé le français comme seule langue légitime. Le créole n’est plus seulement la langue de la maison ou des anciens. Il devient une langue assumée publiquement, une langue de création, une langue de revendication. Une langue avec laquelle cette génération peut enfin dire ce qu’elle pense, comme elle le pense.
Cette dynamique va se poursuivre avec la génération née dans les années 1980. Elle entre dans ces espaces, les fréquente, les transforme et en devient à son tour l’un des acteurs.
En mars 2002, Admiral T sort Gwadada, un morceau autoproduit par le KSS, le Karukera Sound System. Il est lui-même issu de cette culture qui s’est construite autour de Karukera.
Et là apparaît une nouvelle mutation.
Karukera devient Gwada. Gwadada.
Ce n’est pas la disparition de Karukera. C’est une nouvelle manière, pour cette génération, de nommer le même pays. Et ce qui est intéressant, c’est que cette nouvelle appellation apparaît justement au sein d’un espace qui porte encore le nom de Karukera.
La boucle est presque trop belle pour être inventée.
Ce qu’ils trouvent quand ils cherchent
Cette jeunesse ne connaît pas forcément le mouvement indépendantiste. Elle ne connaît pas forcément son histoire. Pourquoi ? Parce que leurs parents, pour beaucoup, ne sont pas indépendantistes et ne leur ont pas raconté ces choses.
Mais eux ont internet. Et à cette époque, lorsqu’on cherche les symboles de la Guadeloupe en ligne, notamment sur Wikipédia, on trouve essentiellement quelques représentations : le drapeau national français, les drapeaux historiques associés aux armoiries de la Guadeloupe, notamment celui avec la fleur de canne, le drapeau d’un mouvement politique guadeloupéen, et les drapeaux liés à l’histoire du GONG.
Je ne dis pas que tous les jeunes ont fait cette recherche. Je dis que certains l’ont faite. Ils sont en quête de reconnaissance. Ils cherchent quelque chose qui puisse représenter l’endroit dont ils viennent. Alors ils voient ces drapeaux.
Et ils choisissent.
Années 2010 : ils s’en emparent
À partir des années 2010, des jeunes sportifs qui écoutent cette musique, qui portent cette revendication culturelle, qui reparlent créole, qui jouent du tambour, qui s’investissent dans le Mas et dans les group a po, commencent à utiliser le drapeau qu’ils ont trouvé.
Et c’est vrai : beaucoup ne cherchent pas l’histoire patriotique derrière. Ils vont simplement le prendre. Ils vont s’en emparer. Ils vont en être fiers.
C’est là que le symbole commence à changer de nature. Pour certains, il reste le drapeau du combat indépendantiste. Pour d’autres, il devient un symbole culturel. Pour d’autres encore, un symbole identitaire. Et pour certains, peut-être simplement un symbole qui veut dire : je suis de là.
Le symbole quitte alors progressivement le champ politique pour entrer dans la culture populaire. Et à partir du moment où une population s’approprie un symbole, celui-ci commence une nouvelle histoire. Il ne cesse pas d’avoir été créé dans une histoire politique. Mais il n’appartient plus uniquement à ceux qui l’ont créé.
Ont-ils eu raison ? Ont-ils eu tort ?
Je ne sais pas.
Je pense que si l’on devait interroger tous ceux qui ont un avis différent aujourd’hui, chacun, à son époque, aurait probablement eu quelque chose à reprocher au drapeau choisi par les autres. Les descendants des Bourbons pourraient avoir une autre lecture du bleu-blanc-rouge. Les descendants des colons d’Haïti déchus lors de la guerre d’indépendance pourraient avoir une autre lecture du drapeau haïtien et du blanc arraché au bleu-blanc-rouge pour construire le nouveau drapeau.
Un symbole n’est jamais neutre. Il porte une histoire. Et cette histoire n’est pas vécue de la même manière par tout le monde.
Alors ont-ils eu raison ? Ont-ils eu tort ? Je pense que le temps fait son travail.
Des jeunes ont choisi un emblème. Pour eux. Dans un pays rêvé qu’ils appellent maintenant Gwada, et même plus forcément Karukera. Un pays qui n’existe pas encore comme ils le rêvent et qui n’existera que par ceux qui feront des choix.
C’est là que je reviens à une idée qui peut déranger. La démocratie n’existe pas vraiment comme une réalité parfaite : elle est une construction. Les élections et les référendums ne suffisent pas à faire un peuple souverain, et la Nouvelle-Calédonie devrait nous rendre particulièrement prudents sur cette question. On peut organiser un référendum, on peut organiser une élection, on peut faire voter, et malgré cela conserver des rapports de pouvoir, une histoire coloniale, des déséquilibres économiques et des conceptions radicalement différentes de ce qu’est le pays et de ce que devrait être son avenir.
Mais cela ne signifie pas qu’il faut rester sur le quai. Au contraire.
Ne pas choisir, ne pas être actif pour les causes auxquelles on croit, c’est également choisir.
Là où nous en sommes aujourd’hui
Pour revenir à la réalité d’aujourd’hui, le drapeau propre de la Guadeloupe n’existe toujours pas officiellement.
Ailleurs, l’histoire a voulu que des drapeaux issus des mouvements indépendantistes soient adoptés institutionnellement. En Guyane, le drapeau vert et jaune à l’étoile rouge est adopté à l’unanimité par le Conseil général le 22 janvier 2010 comme emblème territorial. En Martinique, le rouge-vert-noir est adopté par l’Assemblée de Martinique le 2 février 2023. Et oui, l’histoire a voulu que ce soient justement des symboles issus de mouvements indépendantistes qui deviennent ensuite des emblèmes institutionnels.
En Guadeloupe, la situation est différente. Le Congrès des élus a engagé une démarche afin qu’une consultation soit faite auprès du peuple vivant en Guadeloupe sur la question des signes identitaires. Au XVIIIᵉ Congrès, le 12 juin 2024, les élus départementaux, régionaux et les maires ont adopté à l’unanimité une résolution prévoyant une consultation citoyenne sous forme de concours, afin de choisir le drapeau, l’hymne et la devise. Au XIXᵉ Congrès, le 17 juin 2025, la résolution n°4 reprend cette orientation et devait être transmise au Conseil départemental et au Conseil régional pour qu’ils délibèrent dans les mêmes termes.
Plusieurs drapeaux historiques sont posés sur la table. Des créations nouvelles peuvent également être proposées. Un appel aux artistes et aux contributeurs a été envisagé afin que la Guadeloupe puisse participer à cette construction.
La démarche est donc là. Mais le drapeau n’est pas encore choisi. Et surtout, il n’a pas été imposé.
C’est précisément ce qui me ramène au point de départ de cette discussion familiale.
Le drapeau n’a pas été imposé
Je comprends parfaitement que certaines personnes aient aujourd’hui le sentiment que le rouge-vert-jaune est devenu le drapeau de la Guadeloupe. Il est partout : dans la culture, dans le sport, dans la musique, dans les manifestations, dans les réseaux sociaux. Des sportifs comme Teddy Riner ou Yannick Borel l’ont arboré aux Jeux olympiques de Paris. Il est donc devenu suffisamment visible pour que certains finissent par penser qu’il est officiel.
Mais ce n’est pas la même chose. Un usage social n’est pas une adoption institutionnelle. Un symbole peut être largement utilisé sans avoir été choisi par une collectivité. Il peut être devenu important pour une population sans avoir fait l’objet d’un vote. Il peut même donner à certaines personnes le sentiment qu’il leur est imposé.
Mais le sentiment d’imposition ne constitue pas une imposition.
Et c’est là toute la nuance. Dire « le drapeau de l’UPLG nous a été imposé » ne correspond pas aux faits. Il n’a pas été adopté officiellement comme drapeau de la Guadeloupe. Il n’a pas été imposé par une consultation populaire. Il n’a pas été imposé par un vote des Guadeloupéens.
Il a été créé dans une histoire politique. Puis il a circulé. Puis des gens l’ont repris. Puis d’autres se le sont approprié. Et aujourd’hui il est devenu un symbole pour une partie de la population.
Ce sont des choses différentes.
Pour finir
Je n’attaque personne. Je ne veux de violence envers personne, ni physique ni verbale, pour ses opinions, pour ses choix, pour la vérité qu’il détient depuis son point de vue. Chacun regarde depuis là où il se tient, et chacun a de bonnes raisons.
Mais je crois que nous devons être capables de distinguer ce que nous ressentons de ce qui s’est réellement passé.
Le drapeau rouge-vert-jaune a une histoire politique. Cette histoire passe par le GONG, par Sonny Rupaire, par l’UPLG et par les différents mouvements qui ont porté une certaine conception de la Guadeloupe. Mais il a aussi une autre histoire : celle des jeunes qui l’ont découvert, celle de ceux qui ne connaissaient pas forcément l’histoire politique derrière, celle des sportifs, celle des artistes, celle de ceux qui ont simplement vu un symbole et se sont dit : « Ça, c’est chez moi. »
Il est devenu autre chose. Et c’est peut-être cela qu’il faut accepter.
Un symbole ne reste pas éternellement la propriété de ceux qui l’ont créé. Mais l’appropriation populaire ne transforme pas automatiquement ce symbole en emblème officiel. Les deux choses peuvent être vraies en même temps : le drapeau a une histoire politique, il a été réapproprié par une partie de la population, et il n’est toujours pas officiellement le drapeau de la Guadeloupe.
Alors la question n’est finalement plus seulement de savoir qui l’a créé. Elle n’est même plus seulement de savoir qui l’utilise aujourd’hui. La question est de savoir ce que nous voulons en faire.
Un pays ne se décide pas depuis le quai. Il se décide dans la barque.
On peut rester sur le quai et expliquer pourquoi la barque est mal construite. On peut expliquer pourquoi le gouvernail est mauvais. On peut expliquer pourquoi les autres rament dans la mauvaise direction. Mais pendant ce temps, la barque avance. Et celui qui n’est pas monté à bord ne peut pas décider de la direction où nous allons tous.
Alors, si une consultation doit avoir lieu, il faudra y participer. Proposer. Discuter. Contester les idées, pas les personnes. Écouter ceux qui ne pensent pas comme nous. Et accepter que le choix collectif puisse finalement être différent de celui que nous aurions fait seuls.
Le temps fera son travail. Mais ne pas choisir, ne pas être actif pour les causes auxquelles on croit, c’est également choisir.